Internet fait-il du « journalisme poubelle » ?
Avec la récente affaire Hortefeux, les politiques redoublent d’efforts pour dénoncer cette source d’information non « régulée » qu’est internet. Vous allez voir qu’à l’écoute de cette vidéo on se demande vraiment qui, ou quoi, sert de poubelle de l’information dans ce pays. Je retiendrais un commentaire vu sur Dailymotion et résumant bien le tout : « La télévision française poubelle de la République ».
Denis Olivennes & Internet : « Une société qui crée des interdits est une société qui progresse »
Olivennes: Internet, « le tout-à-l’égout de la démocratie »
envoyé par Mediapart. – L’actualité du moment en vidéo.
« Heureusement y a internet qui a débridé les énergies “. Allez voir ce que c’est internet, allez regarder, si vous le faites, moi je le fais assez fréquemment, allez regarder les commentaires sur les … quand ce n’est … quand ce n’est pas contrôlé, quand ce n’est pas géré, quand la parole est libre. J’ai dit un jour, j’ai eu le malheur de dire que c’était le tout-à-l’égout de la démocratie, que là on voyait et lisait des choses épouvantables et évidemment depuis sur le net je me fais cartonner systématiquement parce que j’ai eu le malheur de dire que c’est une guerre de liberté et de dossiers individuels dans lesquels on peut raconter n’importe quoi, et ben franchement c’est pas acceptable et c’est pas aimable. Et je trouve que la société qui modère ça, qui tempère ça, qui créé des interdits est une société qui progresse. »
Je vous laisse faire votre propre opinion de ce discours de l’initiateur de la loi Création et Internet, le contenu parle de lui même, malheureusement.
Description :
Vidéo prise par Mediapart le vendredi 4 septembre aux Universités d’été du Medef, et insérée dans un article intitulé: Minc et Olivennes célèbrent la « pensée unique ». Voici le lien pour le retrouver: http://www.mediapart.fr/journal/france/040909/minc-et-olivennes-celebrent-la-%C2%ABpensee-unique%C2%BB
De citoyen à internaute, des libertés oubliées
Avocat spécialisé dans le droit de l’Internet, C.M. s’inquiète de l’évolution du monde numérique au regard du respect de nos libertés. Symptomatique de ce danger, la substitution du terme « citoyen » par « internaute » crée, selon lui, une citoyenneté numérique de seconde zone. Et certaines garanties ou libertés ne pourront survivre sans intervention législative, et sans la reprise en mains d’Internet, son auto-régulation, par les internautes eux-même.
Cette tribune, initialement publié chez nos confrères de Ecrans.fr, est sous licence CC-BY-NC-ND
Une ministre est récemment injuriée dans des commentaires postés par des internautes en réaction à une vidéo postée sur le site de partage de DailyMotion. Elle sollicite l’identification des internautes concernés afin d’introduire une procédure judiciaire à leur encontre. Sa réaction semble justifiée, après tout elle ne fait qu’exercer le droit dont dispose tout citoyen d’obtenir réparation d’une violation des lois de la République. L’objet de cet article n’est pas de discuter de la démultiplication des procédures engagées par des hommes ou femmes politiques à l’encontre de citoyens mais de démontrer que, si nous n’y prenons pas garde dès maintenant, l’évolution du monde numérique se fera au détriment de nos libertés les plus fondamentales.
Une des questions essentielles pour la compréhension de la révolution sociale initiée par Internet est celle de la substitution ou de la complémentarité des activités réelles et numériques. Il est ardu de comparer le monde numérique et le monde réel tant les référentiels sont différents. On pourra citer quelques exemples d’activités substituées ou complémentaires. Le développement des photographies sur Internet s’est substitué aux officines de photographies, et les cartes mémoire ont remplacé les films argentiques. D’autres activités sont disponibles sur Internet et dans le monde réel (l’utilisation du courriel n’est pas, par exemple, à ce jour exclusive de celle de la Poste, notamment pour l’envoi de documents originaux ou spécifiques) ou
sont, au contraire, totalement intolérantes à Internet (par exemple, manger, même si l’achat des provisions peut désormais se faire sur les sites de supermarchés en ligne). A ce stade, il est important de se rappeler que de plus en plus d’activités se dématérialisent au fur et à mesure de l’évolution exponentielle du monde numérique.
Une fois cette analyse effectuée pour une activité donnée, il est possible d’identifier les différences de traitement par la loi afin de déterminer l’évolution de nos libertés fondamentales lors du passage au numérique. Pour reprendre le cas précité, les messages postés par les internautes ne constituent rien d’autre qu’une discussion politique courante entre citoyens, telles que celles que connaissent tous les matins des milliers de bistrots en France. Personne ne niera ni n’attaquera cette tradition française citoyenne, cet espace de liberté où certains abus regrettables peuvent avoir lieu mais ces abus cèdent le pas à l’utilité publique, sociale et politique de ces rencontres et discussions. Il est fort à parier que les commentaires postés sur le site DailyMotion ne sont pas plus excessifs que certaines discussions matinales dans un bistrot. Pourtant même une femme politique procédurière n’aurait ni l’idée ni les moyens de faire sanctionner les excès de ces discussions.
« La substitution du terme « citoyen » par « internaute » est symptomatique et dangereuse »
On pourra arguer que l’impossibilité physique et matérielle pour la ministre de poursuivre l’ensemble des propos injurieux ne les justifie pas pour autant, et ne lui interdit pas d’exercer ses droits de citoyenne à l’encontre d’internautes. Cependant, il s’agit bien là d’une rupture d’égalité. A ce sujet, et c’est bien là un exemple de la déformation d’un signifié par l’utilisation d’un nouveau signifiant, la substitution du terme
« citoyen » par « internaute » est symptomatique et dangereuse, créant ainsi une citoyenneté numérique de seconde zone, sauf à adopter une déclaration universelle du droit des internautes. On est plus prompt à condamner un « internaute » ou, pire, un « pirate » qu’un citoyen. Il est essentiel de relever que la rupture d’égalité précitée est paradoxalement rendue possible sous l’égide d’une loi très protectrice des libertés promulguée il y a cela près de 130 ans, la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Nous ne sommes même pas dans le cas d’une loi, comme par exemple la loi Création et Internet, votée expressément pour supprimer, sur Internet, des libertés qui avaient jusque-là survécu au passage au numérique.
Pour l’instant, le débat public ou, plus largement, les discussions entre citoyens sont des activités pour lesquelles Internet est un support complémentaire et additionnel. Cela sera de moins en moins le cas et la rupture d’égalité pour les discussions tenues dans le monde réel et dans le monde numérique va lentement, mais sans doute aucun, se muer en une suppression de facto de cette liberté.
Le constat est sans appel : sans aucune intervention législative, du simple fait du changement de paradigme créé par Internet, certaines garanties ou libertés vont disparaître. D’autres, au contraire, vont naître. Ce qui fait dire d’Internet qu’il est tant un « espace de liberté » qu’un « vide juridique ». S’il est vrai, et fort heureusement, que l’avènement d’Internet peut avoir des aspects bénéfiques sur nos libertés, il serait faux de croire qu’il s’agit de nouvelles libertés. Ce n’est, au contraire, que des nouvelles manières d’exercer nos droits et libertés de citoyens. C’est en ce sens que l’utilisation du terme « vide juridique » est malicieux, tout comme celle du terme « internaute », car cela suggère qu’une législation, souvent répressive, est nécessaire.
De surcroît, la « mémoire » d’Internet et des systèmes de traitement informatisés est un défi immense alors que de plus en plus de nos activités quotidiennes se dématérialisent, nécessitant de nouvelles garanties légales ou constitutionnelles ou, à tout le moins, la réelle application de la législation existante. L’exemple le plus flagrant est bien évidemment le suicide collectif (organisé par des sociétés privés) de nos données personnelles, et donc de notre vie privée, alors que la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés ne dispose que d’un budget ridicule en comparaison au caractère fondamental de sa mission.
« La loi Création et Internet est la première loi réellement liberticide »
Par ailleurs, de plus en plus de lois ou propositions de lois tentent de réguler ce « vide juridique » qu’est Internet (et non de restreindre nos libertés). La loi Création et Internet marque d’une pierre blanche l’histoire législative de l’internet par son extrémisme et son incompréhension quasi-idéologique des réseaux. Il ne s’agit même pas ici de l’inutilité de cette loi par rapport à son objectif affiché ni des conditions de corruption dans lesquelles elle a été élaborée et, dans une certaine mesure, votée ; ces seuls points nécessiteraient des développements élaborés. Cette loi, faisant fi de tout bon sens et de la réalité des réseaux, est la première loi réellement liberticide en supprimant des libertés dont nous jouissons dans le monde réel. Prenons l’hypothèse impensable d’une loi imposant non pas l’installation de radars automatiques sur les routes, mais l’installation dans chaque voiture d’un mouchard en communication constante avec une société privée et dont l’objet serait de signaler tout excès de vitesse aux fins de verbalisation. C’est ce que la loi Création et
Internet fait avec Internet. Bien évidement, il ne s’agit là que d’une première étape, le mouchard pouvant être amélioré afin de diffuser par exemple des messages de prévention sur la sécurité routière. Voire de traquer vos allées et venues (un motif légitime pourra être trouvé, comme par exemple le contrôle du nombre de kilomètres afin de vérifier que les déductions fiscales kilométriques sont véridiques). Mais cela a peu d’importance, cette loi ne visant que les pirates et non les citoyens.
Nos libertés de citoyens subissent donc une triple attaque. Certaines sont mises en danger lors du passage au numérique, par la seule application de la loi actuelle. D’autres sont menacées par les nouvelles possibilités technologiques à disposition de sociétés privées ou de l’État, sans qu’aucune loi protectrice ne soit adoptée ou la législation existante appliquée. Enfin, des initiatives législatives ont pour objet ou
conséquence nécessaire la suppression de libertés fondamentales.
La clé de la protection — ou de l’atteinte, c’est selon — de nos libertés est donc la loi. Malheureusement, au lieu de voter des lois protectrices indispensables, le mouvement législatif est plutôt de voter des lois répressives de nos libertés. Ce n’est pas un problème lié à une mouvance politique, même si une minorité de nos députés ont conscience de ces risques, mais structurel, dans la mesure où Internet s’est créé, à la différence du minitel, hors de tout contrôle des hommes et femmes politiques qui en perdent leurs repères. Alors que jusqu’alors que les articles et commentaires les concernant étaient l’œuvre quasi-exclusive de journalistes du sérail, la démocratisation des blogs citoyens ou de Wikipédia les effrayent car ils en ont perdu le contrôle. C’est ce contrôle perdu qu’ils essaient de retrouver par des moyens législatifs plus ou moins légitimes.
Nul doute que cette volonté de pouvoir et de maintien de modèles usés est illégitime. Elle l’a toujours été. Mais avant l’avènement d’Internet cette emprise était discrète ou limitée. Internet permet de la rendre publique, mais aussi offre de nouvelles possibilités de contrôle dont la tendance législative actuelle tente de nous dessaisir.
S’ajoutent à cet aveuglement égoïste de la majorité de la classe politique les attaques portées à nos libertés par les sociétés privées, souvent multinationales. Le problème est double : le classe politique peut ne pas entendre l’urgence d’agir (son attention étant plutôt portée sur le maintien de leur contrôle) ou, de bonne foi, peut être sans pouvoir, par exemple concernant les sociétés situés hors de leur territoire. En outre, ces sociétés, dont le seul intérêt est celui de leurs actionnaires, ont un pouvoir de lobbying écrasant et les relations entre leurs dirigeants et le monde politique créé une situation de corruption structurelle constante. Plus encore, la perte de pouvoir du monde politique sur ces sociétés est régulière. Sauf à instaurer une gouvernance mondiale — à tout le moins sur certains aspects, comme ce qu’il est tenté de faire en réponse à la crise financière actuelle — , cette tendance va continuer.
Il serait vain d’espérer une prise de conscience de la classe politique, encore moins des sociétés privées, tant que les internautes ne se transformeront pas en citoyens responsables. Une première mesure simple serait d’effectuer des arbitrages personnels sur notre façon d’utiliser les services numériques à notre disposition. Cette auto-censure revient à ne pas sacrifier notre liberté et notre vie privée sur l’autel de la facilité ou de l’utilité, réelle ou perçue, de ces services. En raison de l’enjeu — nos libertés — cette analyse doit se faire avec à l’esprit la pire des évolutions que pourrait prendre le réseau, tant il est certain que toute donnée mise sur le réseau quitte définitivement notre sphère. Et que toute liberté perdue l’est probablement à tout jamais, jusqu’à la prochaine révolution. Cette irréversibilité est difficile à appréhender, surtout pour les plus jeunes et l’équilibre à trouver ténu sauf à être excessif et devenir un moine du numérique.
« Il faut nous éduquer nous-mêmes »
Cet enjeu a été, depuis longtemps, parfaitement assimilé par le mouvement du logiciel libre : les réseaux et appareils électroniques (lesquels seront tous à terme connectés aux réseaux) doivent être ouverts et libres car c’est la seule façon d’en assurer le contrôle par les citoyens. Cette liberté doit s’exercer par un contrôle possible de l’architecture même des réseaux et un contrôle effectif, par chaque citoyen, de ses appareils électroniques. En particulier de ses ordinateurs et appareils de connexion aux réseaux. Par ailleurs ce n’est qu’à cette condition préalable que nous pourrons voir fleurir une véritable culture libre. Laquelle, en prospérant, reprendra le contrôle de la culture à ce jour encore entre les mains de quelques sociétés multinationales, tout en permettant d’assurer une rémunération supérieure aux créateurs, et de pérenniser les intermédiaires à valeur ajoutée qui sauront se rémunérer à un juste prix.
Tout citoyen doit ainsi s’imposer cette auto-régulation au moins aussi longtemps que la classe politique ne défendra pas une législation respectueuse des citoyens qui se devra de garantir a minima autant de garanties dans le monde numérique que celles dont nous bénéficions dans le monde réel. Heureusement, la révolution numérique a donné aux citoyens des moyens simples et efficaces de participer au débat public, même en pleine campagne ou au fond d’un garage. Il faut donc nous éduquer nous-mêmes, éduquer les représentants du peuple et lutter contre la corruption structurelle qui accompagne, dans tous les États du monde, le pouvoir. Car Internet ôte aux citoyens leurs dernières excuses : celles consistant à dire « je ne savais pas » ou « je ne peux rien faire ».
Enfin, dans les cas les plus extrêmes, la résistance, ou désobéissance c’est selon, civile s’imposera d’elle-même. La loi Création et Internet nous offrira l’occasion d’un premier acte en refusant d’installer, sur ses appareils électroniques personnels, un logiciel mouchard non libre et non interopérable et, qui plus est, payant, qui communiquera constamment avec une société privée. Une loi imposant cette installation préalable comme seul moyen de défense dans une procédure de nature pénale ne peut être, quoi qu’en en dise, que liberticide. Et il faudra faire connaître notre refus au gouvernement.
Cela serait gravement se méprendre sur ce qui précède que de croire que l’auteur souhaite un Internet libertaire ou anarchique, où la diffamation, l’injure et la contrefaçon seraient tolérées. Mais c’est bien la faute du législateur s’il n’a pas su faire promulguer des lois qui luttaient efficacement ou intelligemment contre ces excès. Que dire par exemple d’une loi, par ailleurs protectrice, comme la LCEN (Loi pour la confiance dans l’économie numérique) qui accroît le régime de
responsabilité d’un titulaire d’un site ou d’un blog qui choisirait de modérer a priori les commentaires qui y seront postés. Pourquoi n’existe-t-il aucune loi protégeant les particuliers qui éditent bénévolement sur des sites collaboratifs comme Wikipédia des contenus postés par d’autres utilisateurs afin, notamment, de supprimer des propos injurieux ou diffamatoires ? Quant aux droits d’auteurs et droits voisins, que penser par ailleurs d’un mouvement législatif qui n’a pas réussi à enrichir les créateurs, qui contribue au maintien d’intermédiaires condamnés à évoluer ou disparaître, et qui porte atteinte aux libertés des citoyens.
« Les sociétés, fictions juridiques, n’existent que parce que la loi le permet. »
La solution repose bien dans des lois et textes supranationaux respectueux des libertés et équilibrant les intérêts individuels afin d’assurer l’intérêt général. Cela nécessite un bouleversement des équilibres économiques et financiers de la société actuelle, d’autant plus difficile à atteindre que les intérêts existants usent de tout leur pouvoir, avec un succès certains jusqu’ici, afin d’éviter ce changement de paradigme législatif. Mais refuser que la loi s’adapte à la société, c’est oublier que le pouvoir nait de l’homme, du citoyen, du peuple et lui appartiendra toujours alors que les hommes et femmes politiques ne seront jamais que nos représentants — ce qu’ils ont souvent tendance à oublier — et que les sociétés, fictions juridiques, n’existent que parce que la loi, expression de la volonté du peuple dans une véritable République, le permet.
Certains pourront penser que ces attaques sur nos libertés sont très virtuelles, tant il est vrai que nous ne sommes qu’à l’aube des véritables problèmes. La crise financière, politique, économique et sociale qui nous frappe de plein fouet, ruinant la vie de millions de personnes, devrait rester notre priorité, tant il faut parer au plus urgent. Cet argument est cependant spécieux pour plusieurs raisons. D’une part, ces préoccupations et engagements ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. D’autre part, de nombreuses libertés mises à mal dans notre vie numérique sont ou seront indispensables pour mettre en œuvre les véritables solutions à cette crise. Enfin et surtout, nous avons là l’occasion d’éviter de nous retrouver dans une situation où notre seul pouvoir sera de « parer au plus urgent ».
Reprenons le contrôle, n’oublions jamais l’origine du pouvoir, construisons une société intelligente, ouverte, et respectueuse. Faisons-le avant que notre seule alternative soit la servitude volontaire ou la révolution. Inventons des lois intelligentes, prenons en compte les nouveaux paradigmes, afin, qu’à nouveau, la loi libère.
Interview de Thierry Ehrmann, créateur de la Demeure du Chaos
Une interview de Thierry Ehrmann sur le monde d’aujourd’hui, Internet et l’Art contemporain, tout cela imprégné d’une certaine philosophie et appuyé d’un regard de politologue passionné. Le créateur de la Demeure du Chaos, qu’il décrit comme un « havre de paix de bonheur », nous partage sa vision de l’art (« un accident heureux ») et d’un monde au bord du gouffre avec un point de vue que je trouve vrai et réfléchi… Ça faisait longtemps que cette vidéo trainait dans mes favoris, mieux vaut tard que jamais ^_^’
Comment internet change nos vies
Serge Soudoplatoff, invité par le CEDAP à présenter ce que change internet dans nos façons de travailler et de partager et notamment comment les organisations sont modifiées par le fonctionnement en réseau au travers du web.
Quand Amazon efface des oeuvres de George Orwell…

Amazon, géant de la vente de biens culturels en général et de livres en particulier vient de commettre une bourde monumentale. Vous connaissez sans doute le principe des livres numérisés achetables en ligne et consultables sur Kinble (livres électroniques), un principe plein d’avenir destiné à supplanter les livres sur le long terme. Cela paraissait être une alternative écolo, peu encombrante et sympa… Je dis bien paraissait.
Amazon a vendu ainsi des milliers de livres numérisés aux USA et un peu partout dans le monde, des milliers de Kindle remplis d’œuvres littéraires et autre documents aussi divers que variés fleurissaient dans les foyers. Mais il y a quelques jours le site a soudainement effacé un nombre conséquent d’œuvres sur les lecteurs numériques des acheteurs ! Une société tierce, MobileReference, aurait posté les œuvres sans autorisation des ayants-droits sur la plateforme de téléchargement d’Amazon. Problème de droits d’auteur oblige, Amazon a décidé d’agirde manière très pragmatique à la question : supprimer les livres concernés des serveurs privant ainsi les acheteurs de leur bien acheté « légalement » via le site. Les acheteurs ont été remboursés bien entendu, mais là n’est pas tellement le point le plus important…
Parmi les livres supprimés on peut nommer la série Twilight de Stephenie Meyer, Harry Potter de J.K. Rowling et surtout deux livres de l’auteur anglais George Orwell : 1984 et la Ferme des animaux… Parce que oui, l’histoire racontée par ces deux livres et ce qui vient de leur arriver sur Amazon peuvent être mis en parallèle. Dans 1984, le monde vie en totale dictature, les faits et gestes des hommes sont surveillés, leurs esprits éduqués, leurs âmes annihilés. La censure gouvernementale efface toutes traces d’articles gênants pour le régime en les expédiant dans des fentes murales menant à des fournaises, appelées « trou de mémoire« . Les articles et livres contredisant les faits et dires de Big Brother sont quant à eux soit détruits ou modifiés. Le rapprochement avec l’épisode des Kindle est assez évident à faire, aujourd’hui le savoir et la connaissance sont de plus en plus digitalisées d’une part et leur diffusion est de plus en plus limitée à cause du droit d’auteur et du droit à le propriété intellectuelle. A digitaliser les œuvres on perd l’assurance de vraiment posséder cette œuvre et surtout de partager celle ci sans contrainte (prêter un livre n’est pas du piratage ?), une bibliothèque numérique peut à n’importe quel moment disparaître, à l’heure où Hadopi fait sur retour à l’assemblée nationale, inutile pour moi de développer. Les droits d’auteurs et leur abus mettent en place une véritable tyrannie du savoir où ce dernier peut être interdit à certains à cause de son statut de diffusion. Un monde où la Culture et la connaissance pourront être totalement soumises aux éditeurs et auteurs, un monde où pourtant tous les outils sont réunis pour diffuser et partager la Culture et le Savoir au monde entier…
Pour finir je vous laisse un commentaire d’un (ex ?) utilisateur d’Amazon :
« La chose la plus terrifiante est qu’Amazon a la possibilité d’effacer ma propriété privée – un livre que je pensais avoir acheté, pas une licence – sur un lecteur que je pensais posséder, et pas louer. Il semble que la seule chose que nous pouvons faire pour prévenir de tels comportements orwelliens est d’acheter un livre papier. Au moins, un mandat de perquisition serait requis. »
Jerry L. Roger
Autant se dire les livres physiques (format papier) on encore un bel avenir avenir devant eux, aucun risque se faire choper pour partage de livres, aucun risque de le voir supprimer par l’éditeur (à moins qu’on vienne chez vous le brûler…).
Crédit Photo : CC BY bennylin0724
L’Internet du futur et ses priorités

En réponse à la consultation publique sur l’internet du futur organisée par le secrétariat d’Etat chargé de la Prospective et du développement de l’économie numérique, la Fing, Silicon Sentier et l’Isoc France, ainsi qu’un certain nombre d’individualités marquantes de l’internet français, ont choisi de produire ensemble une contribution publique.
Les trois priorités :
Une approche technologique de l’internet du futur cherchera assez naturellement à répondre au plus grand nombre possible de demandes en termes de performance, de fiabilité et de sécurité.
En nous plaçant d’un autre point de vue, celui d’acteurs qui s’appuient sur l’internet pour innover et développer leurs activités, nous avons montré que cette approche pouvait avoir un coût caché : celui de rendre l’internet moins accessible, et surtout, moins ouvert à l’innovation.
* *
En évoluant, l’internet doit rester ce réseau doublement universel – ouvert à tous, ouvert à tout – et cette plate-forme d’innovation. Cela supposera souvent d’arbitrer, sur l’internet, en faveur de l’adaptabilité du réseau plutôt que de l’optimisation – quitte à faire le contraire sur certains réseaux dédiés, plus ou moins interconnectés avec l’internet “universel” et pour lesquels la capacité d’innovation n’est pas aussi essentielle.
Les conséquences sociales et économiques d’une diminution de la capacité de l’internet à fonctionner comme un moteur d’innovation ouverte, y compris pour de compréhensibles raisons de sécurité et de qualité, seraient profondément négatives.
Cet internet ne sera plus celui des seuls ordinateurs, du moins des ordinateurs tels que nous les connaissons. Etendre l’internet aux objets constitue un chantier prioritaire, mais il faut l’aborder dans l’esprit… de l’internet : c’est-à-dire faire des objets, non pas de simples terminaisons de chaines de valeur industrielles, mais des constituants à part entière d’un internet des humains et des non-humains, ouverts à leur tour aux transformations, aux détournements, aux agencements imprévus.
Enfin, l’internet est devenu une infrastructure si essentielle pour des millions d’individus, qu’il devient prioritaire de les y faire exister. Exister comme des sujets autonomes, capables d’y déployer leurs capacités, qui y possèdent une adresse (voire un domicile) stable, tout en bénéficiant des libertés élémentaires de disparaître, de se dissimuler ou de se réinventer.
* *
Universalité, accessibilité et ouverture à l’innovation d’où qu’elle vienne ; mise en réseau des humains et des non-humains ; émergence d’un “internet des sujets” : voici les trois attentes prioritaires que nous exprimons dans ce “cahier des charges” de l’internet du futur. Elles ne s’opposent pas à d’autres attentes, mais elles doivent être défendues avec suffisamment de force, comme des critères sur lesquels il serait grave, y compris du point de vue économique, de transiger.
En défendant une telle vision, la France proposerait une voie créative et ambitieuse, dans laquelle l’Europe pourrait prendre toute sa place.
L’intégralité du texte est disponible ici (sous licence CC). De plus vous pouvez aller débattre directement sur http://internetdufutur.wordpress.com.
Crédit Photo : CC BY jared
La démocratie à l’heure d’Internet

Un peu de politique aujourd’hui, de la politique « Pirate » plus précisément.Je suis tombé sur un article de Korben dans lequel il réagissait à la création du Parti Pirate suisse. Cet article est aussi pour lui l’occasion de faire le point sur la situation en France et sur sa vision de ce qu’un Parti Pirate devrait être. Son analyse est vraiment intéressante et j’avoue être en total accord avec ce qu’il avance. Je profite que son travail soit sous licence CC pour vous donner directement le coeur de son article :
Grâce à internet, nous avons des moyens immenses encore sous exploités… Nous avons les moyens de nous exprimer, de résister, de nous organiser, de nous faire entendre, de nous battre si nécessaire et SURTOUT les moyens de reconstruire une vie politique plus saine, plus logique, plus humaine, qui soit vraiment faite par les Français (oui, je parle de la France ici mais ça doit pouvoir s’exporter ailleurs).
Avec le web, les gens arrivent à faire des choses plutôt hallucinantes… Wikipedia par exemple est la réalisation collective de la plus grande encyclopédie mondiale. Toutes les flashmobs organisées dans le réel sont aussi de bons exemples d’organisations spontanées à travers le web… Mais plus généralement, les forums, les blogs, Facebook, Twitter et tout ce qui est le web d’aujourd’hui, qui facilite les échanges avec d’autres gens, permet de faire émerger des milliers d’initiatives plus ou moins grandes, des milliers d’idées, qui utilisent les synergies de tout un tas de gens pour faire quelque chose de plus grand, de plus solide, de mieux réfléchi que si une personne ou un petit groupe de personne l’avait fait dans son coin.
Je pense sincèrement que grâce à Internet, au delà des partis politiques, on peut vraiment changer les choses car nous avons toutes les cartes dans nos mains.
- Nous avons les outils pour communiquer
- Nous avons nos cerveaux pour nous pencher tous ensemble sur la résolution de problèmes complexes
- Nous avons chacun nos spécialités et intérêts
Internet, permettrait à tout le monde, de mettre ses idées en commun et d’en tirer le meilleur en pleine connaissance de ce qui se passe vraiment dans la réalité et des impacts que les décisions auraient ensuite sur nous tous, sur nos vies, sur la France. Chacun aurait vraiment son mot à dire.
Il faut évidemment réinventer la distribution culturelle pour que tout le monde y retrouve son compte, lutter contre ces loi liberticides faites au doigt mouillé qui nous empêchent de respirer, et continuer à préserver le peu qui nous reste de liberté et d’égalité au travers d’un concept fraternel de décision rendu possible par Internet.
Si chacun met la main à la pâte, il devient clairement envisageable de réaliser une veille continue des problèmes, des solutions et des tendances vers lesquelles on se dirige, nous permettant ainsi d’anticiper notre avenir à tous. Ce dont je vous parle ici, ce n’est pas que de high tech et d’internet, mais surtout de rendre au vrai peuple son pouvoir de réflexion et de décision et peut être pour la première fois de notre vie, nous passer complétement des gens sans compétences qui nous dirigent et qui n’ont comme mérite que d’être des coqs de combats ayant eu des parents capables de leur payer de grandes études.
La démocratie et la politique doivent revenir aux sources. Il faudra des leaders bien sûr (sinon, rien n’avance), mais pour déterminer ce qui est bon ou mauvais pour le pays, je pense que s’en remettre à des gens intelligents, qui réfléchissent bien, qui ont du temps pour le faire (car ils ne cumulent pas 5 mandats), qui sont au contact des problèmes rencontrés et/ou spécialisés dans certains domaines, est une bonne idée. Tous pourraient participer à une grande assemblée virtuelle continue 24h/24h pour trouver des solutions aux problèmes de sociétés les plus complexes.
Extrait de Ce que doit être un vrai « parti» pirate selon moi… par Korben pour Korben.info, Licence Creative Commons BY-SA
Ce que défend ici Korben est aussi ce que défend le Parti Pirate dans son ensemble, c’est à dire la création d’assemblées virtuelles pour les citoyens, de forums locaux ou tous et toutes pourraient s’exprimer sur la politique à adoptée directement avec les élus de la République. Internet nous offre bel et bien un nouvel espoir démocratique dans un pays où les intérêts particuliers prévalent le plus souvent sur l’intérêt de la nation, des citoyens.
Internet est aujourd’hui une force pour les citoyens, une sorte d’intermédiaire par lequel nous pouvons nous faire entendre tout en ayant un poids conséquent. La mobilisation extraordinaire qu’il y a eu lors du projet de loi Hadopi #1 et celle qu’il y aura avec l’Hadopi #2 et la Loppsi 2 nous montre bien la capacité mobilisatrice et innovante du Web. Je ne vous parlerais pas de la « Twitter Revolution » en Iran, qui elle aussi parachève le pouvoirs d’Internet dans le monde d’aujourd’hui.
Internet est souvent décrit comme un repère de pirates, une zone de non-droit ou encore comme une expérience anarcho-libertaire par ses détracteurs. Et pourtant, on a beau essayer de mater Internet avec des lois rétrogrades, n’empêche qu’il pourrait bien permettre à la démocratie de survivre et de revenir à ce qu’elle était. Car soyons honnêtes, la démocratie traverse une crise un peu partout en Europe et dans le monde, le faible taux de participation aux européennes ne fait que confirmer cette triste réalité.
Toutes les envies de filtrages et de régulations d’Internet par les politiques cachent-elles une peur de ces derniers ? La peur de perdre leur hégémonie sur les hautes sphères républicaines ?
Crédit Photo : CC BY-NC LarimdaME
The Google Master Plan
Google a aujourd’hui le quasi monopole de l’Internet : les recherches, l’information, la pub, les e-mails… Mais ce que peu de gens savent c’est que derrière ces allures de gratuité Google conserve des données personnelles sur chacun d’entre nous et peu sans sourciller les donner à des organismes comme la CIA. Cela peu paraître assez mirobolant mais le géant du net grappille chaque jour un peu plus de terrain dans le contrôle du Web. Dernier évènement en date ? L’annonce de la sortie du système d’exploitation Google : Chrome OS.
Le rappeur anti-piratage reprend du service 17 ans plus tard.
En 1992, l’association américaine des éditeurs de logiciels avait sorti une vidéo de propagande assez comique pour faire la leçon aux jeunes ados. Télécharger copier (ne nous trompons pas d’époque) des jeux sur une disquette pour les réutiliser c’est mal ! Un film de rappel aux règles aux lois de marché, aux droits des pauvres programmeurs sur leur jeux vidéos. Pour que la chose passe mieux, les réalisateurs avaient décidé de séduire les teens entre deux beats de rap US. Le résultat ? Dix minutes assez hilarantes au son d’un « don’t copy that floppy » que les 17 années qui nous séparent d’elle n’arrange rien.
Dix sept années ont passé, une vie quoi. Le chanteur, véritable avocat anti-piratage, reprend du service pour cette fois s’attaquer aux nouveaux ennemis que sont les mp3 et divx. La nouvelle campagne s’intitule « Don’t copy that 2 » (attention play on words inside) et se veut très ambitieuse, bien plus que la première ! Quand on regarde l’aperçu vidéo, on se demande ce qu’avait vraiment le réalisateur derrière la tête ? Se faire de la mauvaise pub involontairement ou ridiculiser ses employeurs à vie ? La seconde hypothèse est assez amusante à envisager pour Ecrans.fr: en effet le blog de M.J. Vilardi (l’homme derrière la caméra) est sous licence Creative Commons et il s’avère que l’homme a rédigé des articles sur le rapport en le consumérisme et la culture. Un homme pas bête visiblement…

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