La démocratie à l’heure d’Internet

Un peu de politique aujourd’hui, de la politique « Pirate » plus précisément.Je suis tombé sur un article de Korben dans lequel il réagissait à la création du Parti Pirate suisse. Cet article est aussi pour lui l’occasion de faire le point sur la situation en France et sur sa vision de ce qu’un Parti Pirate devrait être. Son analyse est vraiment intéressante et j’avoue être en total accord avec ce qu’il avance. Je profite que son travail soit sous licence CC pour vous donner directement le coeur de son article :
Grâce à internet, nous avons des moyens immenses encore sous exploités… Nous avons les moyens de nous exprimer, de résister, de nous organiser, de nous faire entendre, de nous battre si nécessaire et SURTOUT les moyens de reconstruire une vie politique plus saine, plus logique, plus humaine, qui soit vraiment faite par les Français (oui, je parle de la France ici mais ça doit pouvoir s’exporter ailleurs).
Avec le web, les gens arrivent à faire des choses plutôt hallucinantes… Wikipedia par exemple est la réalisation collective de la plus grande encyclopédie mondiale. Toutes les flashmobs organisées dans le réel sont aussi de bons exemples d’organisations spontanées à travers le web… Mais plus généralement, les forums, les blogs, Facebook, Twitter et tout ce qui est le web d’aujourd’hui, qui facilite les échanges avec d’autres gens, permet de faire émerger des milliers d’initiatives plus ou moins grandes, des milliers d’idées, qui utilisent les synergies de tout un tas de gens pour faire quelque chose de plus grand, de plus solide, de mieux réfléchi que si une personne ou un petit groupe de personne l’avait fait dans son coin.
Je pense sincèrement que grâce à Internet, au delà des partis politiques, on peut vraiment changer les choses car nous avons toutes les cartes dans nos mains.
- Nous avons les outils pour communiquer
- Nous avons nos cerveaux pour nous pencher tous ensemble sur la résolution de problèmes complexes
- Nous avons chacun nos spécialités et intérêts
Internet, permettrait à tout le monde, de mettre ses idées en commun et d’en tirer le meilleur en pleine connaissance de ce qui se passe vraiment dans la réalité et des impacts que les décisions auraient ensuite sur nous tous, sur nos vies, sur la France. Chacun aurait vraiment son mot à dire.
Il faut évidemment réinventer la distribution culturelle pour que tout le monde y retrouve son compte, lutter contre ces loi liberticides faites au doigt mouillé qui nous empêchent de respirer, et continuer à préserver le peu qui nous reste de liberté et d’égalité au travers d’un concept fraternel de décision rendu possible par Internet.
Si chacun met la main à la pâte, il devient clairement envisageable de réaliser une veille continue des problèmes, des solutions et des tendances vers lesquelles on se dirige, nous permettant ainsi d’anticiper notre avenir à tous. Ce dont je vous parle ici, ce n’est pas que de high tech et d’internet, mais surtout de rendre au vrai peuple son pouvoir de réflexion et de décision et peut être pour la première fois de notre vie, nous passer complétement des gens sans compétences qui nous dirigent et qui n’ont comme mérite que d’être des coqs de combats ayant eu des parents capables de leur payer de grandes études.
La démocratie et la politique doivent revenir aux sources. Il faudra des leaders bien sûr (sinon, rien n’avance), mais pour déterminer ce qui est bon ou mauvais pour le pays, je pense que s’en remettre à des gens intelligents, qui réfléchissent bien, qui ont du temps pour le faire (car ils ne cumulent pas 5 mandats), qui sont au contact des problèmes rencontrés et/ou spécialisés dans certains domaines, est une bonne idée. Tous pourraient participer à une grande assemblée virtuelle continue 24h/24h pour trouver des solutions aux problèmes de sociétés les plus complexes.
Extrait de Ce que doit être un vrai « parti» pirate selon moi… par Korben pour Korben.info, Licence Creative Commons BY-SA
Ce que défend ici Korben est aussi ce que défend le Parti Pirate dans son ensemble, c’est à dire la création d’assemblées virtuelles pour les citoyens, de forums locaux ou tous et toutes pourraient s’exprimer sur la politique à adoptée directement avec les élus de la République. Internet nous offre bel et bien un nouvel espoir démocratique dans un pays où les intérêts particuliers prévalent le plus souvent sur l’intérêt de la nation, des citoyens.
Internet est aujourd’hui une force pour les citoyens, une sorte d’intermédiaire par lequel nous pouvons nous faire entendre tout en ayant un poids conséquent. La mobilisation extraordinaire qu’il y a eu lors du projet de loi Hadopi #1 et celle qu’il y aura avec l’Hadopi #2 et la Loppsi 2 nous montre bien la capacité mobilisatrice et innovante du Web. Je ne vous parlerais pas de la « Twitter Revolution » en Iran, qui elle aussi parachève le pouvoirs d’Internet dans le monde d’aujourd’hui.
Internet est souvent décrit comme un repère de pirates, une zone de non-droit ou encore comme une expérience anarcho-libertaire par ses détracteurs. Et pourtant, on a beau essayer de mater Internet avec des lois rétrogrades, n’empêche qu’il pourrait bien permettre à la démocratie de survivre et de revenir à ce qu’elle était. Car soyons honnêtes, la démocratie traverse une crise un peu partout en Europe et dans le monde, le faible taux de participation aux européennes ne fait que confirmer cette triste réalité.
Toutes les envies de filtrages et de régulations d’Internet par les politiques cachent-elles une peur de ces derniers ? La peur de perdre leur hégémonie sur les hautes sphères républicaines ?
Crédit Photo : CC BY-NC LarimdaME
Parti Pirate : Hadopi 2, ou l’entêtement répressif du gouvernement
La décision des sages de n’autoriser la suppression de l’accès Internet qu’avec l’aval d’un juge fait de l’accès à Internet, de facto, un droit. C’est ce que nous avons principalement retenu de la censure partielle infligée par le Conseil Constitutionnel à la loi « Création et Internet ».
Malgré cela, le gouvernement persiste et signe dans sa logique répressive. La volonté jusqu’au-boutiste du président Nicolas Sarkozy met à mal la présomption d’innocence, la proportionnalité des peines et plus globalement, le principe de séparation des pouvoirs. De tels risques sont intolérables pour et dans notre démocratie.
C’est une énième attaque contre Internet, les internautes, les libertés et la neutralité des réseaux que le Président de la République coordonne ; via des ministres souvent réduits au rôle de pantins ; la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie est en charge du dossier qu’aurait dû poursuivre un Frédéric Mitterrand, dont la nomination purement médiatique ne saurait faire oublier qu’il est à la tête d’un ministère qui n’est plus que l’ombre de lui-même.
L’Hadopi 2 marque l’arrivée d’une amende de 1500 euros infligée aux citoyens suspectés de téléchargement pour défaut de sécurisation. En cas de récidive, elle s’élèverait à 3000 euros.
Cette amende aussi élevée qu’inique, est la marque d’un gouvernement aveugle et déterminé à mettre les internautes à genoux pour installer les industriels de la culture et du divertissement sur un tas d’or, quand il n’y sont pas déjà !
La surveillance des communications électroniques et instantanées s’invite elle aussi à l’Hadopi 2 ; ici, c’est tout le principe de la correspondance privée et de la liberté de communication qui est violé pour tenter (en vain) de prévenir les échanges illégaux de fichiers. Le respect de la vie et de la sphère privées étant un de nos combats fondamentaux, nous nous battrons avec vigueur contre cette surveillance des citoyens français !
Le gouvernement instaure une justice expéditive ; c’est qu’il y a des quotas à respecter : 50 000 suppressions d’accès Internet chaque année. 26 magistrats agiront ainsi sur ordonnance pénale du gouvernement et devront statuer sur le cas des « pirates » avec comme unique support, un dossier fourni par la Haute Autorité… Séparation des pouvoirs ? Droits de la défense ? Ne les cherchez plus ! La présomption d’innocence, fondement de la justice française est remplacée par la présomption de culpabilité. Les preuves matérielles (erreur sur l’ip, piratage, etc) que devra fournir l’accusé sont techniquement et par nature impossibles à obtenir, et quand bien même elles seraient transmises au juge, cette défense serait illusoire. En effet, face à un système administratif de dénonciation et d’influence et à une justice soumise à l’objectif du traitement de 200 dossiers par jour, la logique du rendement risque de l’emporter.
Cette énième loi Hadopi voulue par le Président Nicolas Sarkozy et les industriels de la culture, s’inscrit dans la droite ligne du dessein présidentiel de contrôler les médias en général et Internet en particulier. Le Parti Pirate s’y oppose et dénonce le contenu de ce nouveau projet de loi, qui sert encore une fois quelques intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général des citoyens.
Communiqué du Parti Pirate.
Crédit Photo : CC BY NC SA anw.fr
Parti Pirate (PP)

Comme promis, je publie un article sur le PP (Parti Pirate) de notre beau pays la France, la tâche de collecte des informations ne se fit pas sans difficultés (d’où le retard apparent de cet article). Ce qui suit est un ensemble de témoignages de membres du PP (divisés en deux branches). Merci à eux de m’avoir répondu ;)
A la question : Lequel de ces deux « partis » (partipirate.org et parti-pirate.fr) est le bon ? Un membre du parti-pirate.fr me répond :
Il y a actuellement UN parti pirate avec deux courants idéologiques.
Les deux courants ont la même base, à savoir les 3 points du parti pirate suédois : Réforme du Droit d’auteur, abolition des brevets et protection des libertés individuelles.
Tout le monde est d’accord sur ces trois points.
Le parti-pirate.fr a une vision axée sur l’action politique et médiatique, tandis que le parti-pirate.org souhaite créer un quatrième point autour du modèle économique du logiciel libre et de la musique libre.Il y a un débat et un désaccord entre les deux sites, ce qui ne signifie pas que leurs idées soient incompatibles.
Certains admins du parti-pirate.fr font partie d’associations pour promouvoir le logiciel et la musique libre, mais ils pensent que le rôle d’un parti politique est d’agir et pas seulement de faire un site sur le libre.A mon avis, le logiciel libre et la musique libre sont des idées intéressantes car ce sont des alternatives au système économique et culturel actuel.
Néanmoins, il existe d’autres alternatives que nous ne devons pas écarter, comme l’intervention du secteur public, de l’État, dans l’innovation culturelle et scientifique, ainsi que son intervention pour mettre en place un accès numérique universel à la culture, c’est l’idée de la licence globale.Donc il y a plusieurs alternatives, et on voit bien que la création d’un quatrième point n’a fait que diviser les gens. Surtout que encore s’il y avait eu un vote des militants d’accord, mais ce n’est pas le cas, donc la légitimité du quatrième point n’est pas claire. Il est encore trop tôt pour créer un quatrième point alors que nous n’existons même pas encore en tant que parti !
Le parti-pirate.fr laisse ouverte la porte au débat et à la réflexion sur toutes les alternatives économiques. C’est le meilleur moyen de réunir le plus de monde possible.
Nous voulons agir et créer un parti, en commençant par la diffusion du manifeste, dans lequel vous retrouverez l’idée de promouvoir les usages culturels non commerciaux, celle de la licence globale et de l’intervention de l’Etat dans la vie culturelle et scientifique, mais surtout les 3 points qui réunissent tous les pirates de la planète.Le site parti-pirate.org a surement un rôle à jouer, mais pour le moment il ne propose pas grand chose de concret, alors que celui du parti-pirate.fr nous donne tous les outils pour agir vraiment :
Wiki, forum, actions sur Internet, possibilité donnée à chacun d’exprimer ses idées et d’organiser des actions réelles dans sa localité.
Les deux branches semblent donc en désaccord sur la forme et légèrement sur le fond, quand l’un veut clairement s’imposer sur le champ politique actuel l’autre semble en retrait mais continu d’agir en tenant un site de qualité régulièrement mis à jour. Le PP semble échapper à l’habituel axe Droite/Gauche, même si ses actions de militantisme et son intérêt pour la vie privée et la liberté le rapprocherait d’un parti de gauche (radicale, démocrate ?).
Vu qu’ici on s’intéresse à un éventuel parti politique, je vais délibérément laisser de côté la branche du site partipirate.org pour me concentrer sur le Parti Pirate Canal Historique. La raison étant plus que simple, le premier site présente des modèles libres de musique mais ne dégage pas (à mon goût) d’alternative politique ambitieuse, mais je salue encore une fois leur travail et la mise à jour régulière de leur site (reproche que je fais au PPCH …).
Bien que les deux branches ont en commun 3 points dans leur manifeste, le PPCH propose un quatrième point axé sur le militantisme : la TAZ. La TAZ (zone autonome temporaire) est un lieu sous contrôle d’un groupe de personnes, une zone de droit alternatif qui permet à ses membres de s’échapper en quelque sorte du giron étatique. La TAZ étant contraire à l’état ce dernier cherchera à la détruire. Les membres d’une TAZ devront alors se disperser et non chercher l’affrontement avec les forces de l’ordre. La dispersion permettant une réorganisation plus facile, la TAZ marchant en réseau, il est possible de fuir une TAZ pour une autre. En clair la zone autonome temporaire est un espace de manifestation, de revendication et de création artistique.
A savoir : TAZ est un système proche-anarchiste (car temporaire) pensé par le philosophe et sociologue Hakim Bey. Son livre est disponible librement sur internet (libre de droit). Voici quatre sites où vous pourrez lire, télécharger ou encore imprimer ses écrits. 1,2,3,4.
Pour terminer je vous communique des liens vers le manifeste du PP et vers un document intéressant « Agir pour la Culture« . Voici un extrait du manifeste :
L’information, la culture et le savoir sont aujourd’hui à portée de tous grâce aux facilités d’accès des réseaux Internet. Cependant, les puissants de ce monde n’acceptent pas que les peuples s’informent librement, ni qu’ils accèdent gratuitement à la culture, au savoir et à la technologie. La société de consommation, soutenue par les lobbies les plus cupides, est ainsi un mode de gouvernance fondé sur l’asservissement par l’ignorance. Nos libertés fondamentales sont bafouées par des politiques sécuritaires et répressives. Les internautes sont tous devenus des suspects potentiels. Non seulement les filtrages et le fichage des internautes s’intensifient, mais en plus des sanctions disproportionnées sont prévues. Ces sanctions condamnent les contrevenants, sans même un jugement, à de lourdes peines s’appliquant à toute la famille . Ces méthodes d’un autre âge ont des conséquences sur la vie professionnelle, publique et privée de chacun d’entre nous. Ces éléments laissent craindre une régression démocratique, orchestrée par les élites d’aujourd’hui, héritières des élites d’hier, inquisiteurs et dictateurs.
Le Parti Pirate Français s’adresse à tous ceux qui souhaitent préserver les libertés individuelles, culturelles et démocratiques sur Internet comme dans la vie réelle. L’action politique et médiatique est donc au cœur de notre vision. Le Parti Pirate n’est pas un parti de gauche ou de droite, il ne favorise aucun modèle économique. Il propose de remettre en question les dogmes et de les confronter aux alternatives. Le dialogue démocratique est en effet le garant de la diversité culturelle, économique et sociale. Le Parti Pirate est un parti culturel, solidaire et démocratique. C’est un espace de débat, d’expression et de création d’idées. Chaque citoyen est libre de venir poser sa pierre dans nos forums de débats et nos wikis de rédaction collaborative.
Le seul Parti Pirate qui connait une ascension fulgurante et le Parti Pirate Suédois. S’imposant de jour sur le terrain politique suédois (4ème force), le PPS va même proposer des candidats pour les Européennes. Suite à la condamnation de The Pirate Bay à 1 an de prison ferme, le Parti Pirate enregistre un taux d’adhésions impressionnant !
» On voit vraiment une nouvelle communauté, dont une grande majorité est issue du web, prendre corps concrètement sur le terrain en manifestant, en proposant une alternative politique très avant-gardiste (les scandinaves ont vraiment une longueur d’avance sur nous). Créé dans l’hilarité totale il y a 3 ans, le PP ne suscite plus de mépris et s’impose désormais comme une force politique importante. Proposant de réformer les droits d’auteur ou encore de lutter pour la préservation de la vie privée, le PP voit sa cote de popularité grimper en flèche : Dans un récent sondage, 21% des Suédois indiquaient qu’ils envisageaient de voter pour le Parti Pirate lors de la prochaine élection Européenne. Parmi les hommes de 18 à 29 ans, ce chiffre monte à 55%, du jamais vu ! »
« L’exemple suédois est particulier me direz vous, certes, mais il a eu un impact international non négligeable. L’organisation a déjà des branches à travers toute l’Europe : en Autriche, Pologne et Espagne, des Partis pirates sont déjà reconnus officiellement alors que des sections allemandes, françaises et britanniques s’organisent sans reconnaissance officielle. D’autres formations ont vu le jour en dehors du vieux continent comme en témoigne les PP d’Amérique du Nord et du Sud. »
(Extrait d’un ancien article de Hajen.fr : Quelle serait la valeur d’un Parti Pirate ?)
Pour en savoir plus je vous laisse quelques liens sur le PPS :
Parti Pirate: le premier parti politique acculturé et fier de l’être
Le Parti Pirate suédois s’impose dans le champ politique
Rickard Falkvinge le chef de file de ce jeune parti, voici une interview de ce dernier.
La page Wiki du Parti Pirate Suédois.
Crédit Photo : CC quinnums
(Désolé pour l’aspect « mal organisé » ce cet article, je l’ai fait en plusieurs fois ^^’)
Quelle valeur aurait un Parti Pirate ?

Les événements de ces dernières semaines, la loi Hadopi ou encore le très médiatique procès de The Pirate Bay en Suède, voient émerger une volonté de certains acteurs du Web à agir concrètement sur le terrain abrupt de la Politique. Se peut il qu’un parti politique portant sur des questions de droits d’auteur et de libre accès à la Culture arrive à se frayer une place en politique?
Tout d’abord il est bon de s’interroger sur le pourquoi de cette volonté. Internet a toujours été par nature très éclatée, sans chef ni hiérarchie. Les internautes voguaient à leurs occupations aussi diverses que variées sans pour autant prendre conscience de la force et de la capacité du web à promouvoir une nouvelle forme de démocratie. Comme je l’ai dit plus haut, les événements de ces derniers jours y sont pour beaucoup. On a vu une montée du mécontentement sur Internet qui s’est traduit par des actions plus ou moins symboliques, on peut citer le groupe facebook (Pour l’ouverture d’une enquête parlementaire contre Christine Albanel ! ) comptant plus de 8.000 membres ou encore l’appel à un Blackout du net par la Quadrature (action relayée sur plus de 10.000 sites, forums, blogs …). La protestation est pour le moins vive cependant il semble qu’il y est une incapacité des internautes à transposer le ras de bol « in real life« . Comme le remarque très bien Versac sur slate.fr : « Les internautes sont incapables de s’organiser pour faire pression avec efficacité (…) Il existe un camp, en France, prêt à rassembler plusieurs centaines de milliers de signataires sur une pétition, plusieurs dizaines de milliers de relais actifs, mais incapable de transformer cette action dans la vraie vie (…) Le web manque d’acteurs qui ont un réel intérêt dans cette affaire. Pas de génération spontanée d’acteur fédérateur, militant, actif. » Un fait récent traduit bien ce malaise des Pirates/Internautes : Roger Wallis, ce défenseur du P2P, a reçu des milliers de fleurs chez lui après son témoignage déculpabilisant le P2P et les pirates de tous les maux de la terre. Ce fait exprime bien la difficulté des internautes à trouver une figure pouvant les représenter, donc dès qu’une personne monte au créneau pour défendre les Pirates et le partage il y a une vague de sympathie énorme qui s’en suit. L’excès d’idolâtrie de cette affaire est à mettre en parallèle avec cette impression que les internautes sont nombreux à ressentir l’indifférence de l’opinion publique. Il y a en effet peu de personnes pouvant porter cette voix sur la place publique, judiciaire et politique.
Il manquerait donc un principe fédérateur ? Pour que les internautes s’unissent de manière concrète et fassent entendre leur voix, il est indéniable qu’il faut une force car la nouvelle ère qui s’amorce créera des profonds changements tant du point de vue économique que politique. Le web portant en lui une nouvelle vision de la démocratie et du partage, il est important de voir les millions d’internautes et pirates jouer un rôle plus déterminant.
En y réfléchissant bien, le parti politique est une idée très intéressante pour fédérer les “pirates”, il permettrait de se faire entendre sur le champ classique de la politique tout en donnant une représentation, une identité aux internautes qui se sentent concernés. L’identité permet justement de rassembler, de s’opposer et surtout d’exister (tout simplement) aux yeux de l’opinion publique parfois ignorante et indifférente.
Agir pour une cause commune pourrait créer une nouvelle force, et quelle force ! Ce qui nous amène justement au PP (Parti Pirate).
Les suédois l’ont très bien compris : Le Parti Pirate gagne de plus en plus de membres, jusqu’à dépasser d’autres partis plus anciens et plus ancrés politiquement. On voit vraiment une nouvelle communauté, dont une grande majorité est issue du web, prendre corps concrètement sur le terrain en manifestant, en proposant une alternative politique très avant-gardiste (les scandinaves ont vraiment une longueur d’avance sur nous). Créé dans l’hilarité totale il y a 3 ans, le PP ne suscite plus de mépris et s’impose désormais comme une force politique importante. Proposant de réformer les droits d’auteur ou encore de lutter pour la préservation de la vie privée, le PP voit sa cote de popularité grimper en flèche : Dans un récent sondage, 21% des Suédois indiquaient qu’ils envisageaient de voter pour le Parti Pirate lors de la prochaine élection Européenne. Parmi les hommes de 18 à 29 ans, ce chiffre monte à 55%, du jamais vu !
L’exemple suédois est particulier me direz vous, certes, mais il a eu un impact international non négligeable. L’organisation a déjà des branches à travers toute l’Europe : en Autriche, Pologne et Espagne, des Partis pirates sont déjà reconnus officiellement alors que des sections allemandes, françaises et britanniques s’organisent sans reconnaissance officielle. D’autres formations ont vu le jour en dehors du vieux continent comme en témoigne les PP d’Amérique du Nord et du Sud.
Voici une liste des Partis Pirates : Parti pirate international, Parti pirate suédois, Parti Pirate américain, Parti Pirate anglais, Parti Pirate allemand, Parti pirate autrichien, Parti pirate espagnol, Parti pirate italien, Parti pirate néerlandais, Parti pirate polonais.
Et le PPF (Parti pirate français) existe lui aussi, j’en parlerai plus tard ;).


Articles RSS